Texte libre

Ce blog réalisé par l' Association Patrimoine Sportif et Mécanique est dédié à la mémoire de l'autodrome de Linas/Montlhéry et vise à sensibiliser sur l'importance de ce haut lieu du patrimoine automobile mondial. 

Hors de toutes polémique sur son utilisation, nous tentons de mobiliser les personnes et les organisations sensibles à l'importance de la mémoire de ce lieu, pour essayer de mettre en place un lieu de mémoire et d'échange d'information sur son histoire et pour préserver les archives et la mémoire de ce lieu mythique.

Ce blog est ouvert à tous ceux qui veulent contribuer à cette noble cause, nous publions ici toutes les informations qui pourront être en relation avec cet autodrome et les personnages qui y sont liés.

Vous pouvez vous aussi apporter vos témoignages, informations, et documents pour alimenter cette mémoire. Il est important que tous participent, selon leurs possibilités. Les médias peuvent aussi participer avec nous à cette démarche.

Notre équipe garantira la qualité et le respect du contenu de ce site.

Pascal Pannetier 

Pour nous rejoindre :
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Présentation

Vendredi 25 avril 2008


 1 - INTERVIEW de Frédéric MONCASSIN

  

 

- « Avant ce championnat de France, avais-tu déjà couru sur l’autodrome ?

- Oui, j’ai fait une autre course avant … Il me semble que j’ai couru dessus en 1990, quand j’étais chez Casto (l’équipe cycliste professionnelle CASTORAMA) … Je ne me rappelle plus du nom de l’épreuve (c’était « Les Boucles Parisiennes » - ndlr)

- Avais-tu fait de ce championnat un objectif ?

- Oui, bien sûr …

- L’ équipe était elle à ton service ?

- Oui, mais dans un championnat, on est une quinzaine par équipe et tout le monde veut gagner … Aussi, on fait par rapport à la course … Mais moi, j’en avais fait un gros objectif … En cas d’arrivée groupée, l’équipe avait dit « on fait tout pour Fred »

- Etais-tu sur place, la veille, as-tu été reconnaître le circuit ?

- Non, je n'ai pas été sur place. Il n’y avait pas besoin. On roule un coup sur le circuit, et c’est bon ... 

- Comment as-tu réagi à l’attitude de Pascal HERVE et Christophe AGNOLUTTO ?

- C’était leur rôle de ne pas rouler … J’avais l’air assez costaud … Ils ont vu un sprinter leur rentrer dessus, et ils se sont dit : " il faut pas rouler du tout. " ; ils ont fait leur boulot, voilà … C’était râlant pour moi, mais bon … 

- Comment as-tu vécu cette défaite, cela a été une grosse déception  ?

- Grosse déception … Très très grosse déception … Dans cette saison 1997, j’ai fait 17 fois deuxième, j’ai pas gagné une seule course, et je pense que çà a contribué à ma fin de carrière … Si j'avais été champion de France en 1997, j’aurai porté le maillot jusqu’à la saison 1998, çà aurait changé plein de choses … Surtout que c’était mon " poulain " Stéphane BARTHE. C’était moi, c’était moi qui l’avais fait passer pro, on s’entraînait ensemble. Et puis, çà faisait quelques années déjà que j’étais pro, ma huitième saison … J’étais content pour lui, bien sûr, en même temps je me suis dit : encore une année de gâchée … En fait, cette déception a contribué à précipiter ma fin de carrière. 

 



- Tu n’as plus eu par la suite l’occasion de gagner un autre championnat de France ?

- Non. L’année suivante, en 1998, à CLERMONT-FERRAND, j’étais pas au top. J’avais pris une grosse gamelle aux 4 Jours de DUNKERQUE, et je n’y ai pas été. En 1999, c’était encore à CLERMONT FERRAND, sur le circuit routier de CHARADE, et vu le circuit j’ai dit à Pascal SIMON et Cédric VASSEUR, mes équipiers : "  Ecoutez, les mecs : je fais la descente à bloc. Du coup, j’ai fais deux tours. Mais sur ce coup, de suite, c’est parti, et eux deux, ils font un et deux. "

- Je sais que tu es un passionné des motos, et que tu as fais du cross et des enduros.


- J’ai fait LE TOUQUET l’an dernier et deux DAKAR depuis que j’ai arrêté le vélo. J’aime les sports mécaniques : enduro, moto, cross … J’ai fait aussi le trophée ANDROS en voiture, en moto je fais des courses pour me faire plaisir. J’ai une HUSQVARNA, mon collègue, parrain de mon fils, a une concession HUSQVARNA. Et puis, je suis fou de vieilles motos … Je restaure une vieille HONDA 500 … Et j’ai un tas d’autres motos …
  »


 2 - INTERVIEW de Stéphane BARTHE

réalisée le samedi 19 Avril 2008

 

 


- « Avant de courir ce championnat de France, connaissiez vous l’autodrome de LINAS MONTHLERY ?

- Non, du tout … Je ne le connaissais pas …. Mon père m’en a parlé, il courait en amateur dans la région parisienne dans les années 70. Entre Temps, la famille était descendue dans le Sud, je ne connaissais pas du tout le circuit et sa réputation, notamment dans le cyclisme … Apparemment, j’ai été le premier champion de France sur ce circuit depuis presque quarante ans qu’il n’était plus organisé sur l’autodrome … Alors qu’auparavant, d’après ce que j’ai pu apprendre par la suite çà a été régulièrement un lieu de championnat … (bravo, Stéphane, un coureur qui s’intéresse à l’histoire du vélo, çà fait plaisir)

- Aviez vous fait une reconnaissance de ce circuit en vue du championnat  ?

- Oui, on fait dans ces cas là comme on procède quand on aborde un championnat, qu’il soit régional, national ou mondial … On va voir le parcours la veille, au minimum pour voir l’étendue du terrain, et les possibilités que l’on a sur ce circuit. Là, en l’occurrence, je me suis rendu compte que le parcours me convenait, c’est vrai, mais je n’allais pas tirer des plans sur la comète : je sortais d’une chute à la Route du Sud le lundi qui précédait l’épreuve, qui m’avait valu des points de suture au coude, donc je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour y aller, n’étant pas convaincu de ma condition pour le lendemain … Je me suis présenté au championnat de France pour faire mon travail, ni plus ni moins. J’y suis allé plus par professionnalisme donc, plutôt qu’autre chose … Au final, je suis arrivé le jour de l’épreuve, sans aucune pression, tellement détendu que çà m’a réussi …

- Et ta blessure ne t’a pas handicapé plus que çà ?

- Non, je savais " gérer " le traumatisme de la douleur causée par des points de suture  durant l’effort (ceux là étaient à la pliure du coude) … Malheureusement, j’avais déjà connu cela avant … Et puis, quand on est en bonne condition, comme on dit dans le sport, " tout passe ".

- As-tu eu un déclic ce jour là ? Je veux dire as-tu eu l’impression à un moment que tu avais ta chance ?


Stéphane aux côtés de Frédéric MONCASSIN

 

 - Oui. En haut de la côte LAPIZE, dans le dernier tour (Stéphane se rappelle et détaille la topographie des lieux au mètre près … Un plaisir, je vous dis …) En fait, à ce moment là, quand Frédéric MONCASSIN est parti, vu que c’était mon copain, mais mon adversaire principal quand même … je ne sais pas … j’étais convaincu que le scénario ne pouvait pas se passer autrement … Je ne voyais pas d’autre issue … Enfin, je ne vais pas dire : «  je ne vois pas qui pouvait me battre ce jour là », parce que çà ferait prétentieux … Mais vraiment à ce moment … Tiens, peut être le footballeur qui sait qu’il va marquer ou le rugbyman qui est sûr de partir à l’essai, doivent ressentir la même chose … Bref, quand Frédéric MONCASSIN est parti, je me suis dit : " Là, il a perdu, et moi j’ai gagné ! ".

En plus, tout s’est enchaîné …. comme dans un rêve on va dire … Derrière, l’équipe de LA FRANCAISE DES JEUX a pris les choses en main pour Damien NAZON, son sprinteur. Moi, je n’avais plus qu’à suivre ! Comme on n’était plus que 27 (pas loin, impressionnant, la mémoire !), une certaine hiérarchie s’était dégagée, et on ne m’a pas trop " dérangé " ni trop " ennuyé " dans mon placement derrière ces coureurs là. 

- Il faut dire que la piste est large sur l’autodrome, çà doit faciliter la tâche ?

- Non (Il balaie mon pauvre argument) les routes ou les rues sur le TOUR DE France sont larges aussi. Et bien, même larges, il y a des gars qui ne sont pas sprinteurs, qui ne veulent pas prendre un « cachou » ou éviter la chute qui veulent se placer, les équipiers des sprinteurs qui veulent faire leur travail, et se placer reste compliqué même sur des routes larges. Ce jour là, on était moins nombreux. Et puis, une certaine hiérarchie s’était dégagée, et comment dire … un certain respect s’était instauré … Du coup, j’ai pu " faire mon sprint ".

D’abord, il y a eu Philippe BORDENAVE, mon équipier (on se connaissait depuis 1993 quand on courait ensemble à TARBES), qui m’a fait un travail EXCEPTIONNEL.

- Tiens, je ne me rappelle pas de cela !

- C’est vrai qu’il n’y a pas grand monde qui l’a vu ... d’autres coureurs dans l’équipe sont venus me féliciter après la ligne … Je ne citerai pas leur nom, d’abord parce que je ne m'en rappelle plus, ils ont été les premiers à me féliciter devant les caméras alors qu’ils n’ont rien fait pour moi …

Philippe par contre m’a protégé, abrité, afin que je reste dans la position que j’occupais. Je lui dois une grande partie de mon succès à ce monsieur. Il m’a protégé le plus qu’il a pu. C’est lui qui m’a dit : " Allez, vas-y ! " pour me faire suivre BROCHARD quand il a démarré (Richard VIRENQUE la ligne passée aura un regard noir pour le Sarthois – ndlr).

Quand BROCHARD est parti aux 500 mètres vent de face, là je me suis dit " c’est du pain béni ! ". J’ai vu un maillot blanc me remonter légèrement … Je me suis dit : " maintenant, c’est bon. " Je n'étais même pas sur le onze dents. J’avais encore une marge. Donc, j’étais sur le douze (54x12) quand j’ai lancé mon sprint dans la roue de BROCHARD. J’étais dans la retenue à 100 %. Pas du tout à fond. Et puis je mets le 11 dents et je déborde quand NAZON (le maillot blanc cité plus haut) était déjà plein vent avec " tout en bas " (donc obligatoirement sans plus aucune réserve) …

 



Je vous le dis : tout çà s’est passé comme dans un rêve. Ca a été un des sprints le plus facile paradoxalement par rapport au niveau et à l’évènement que j’ai gagné avec au mois de mars la même année l’étape BLAYE LES MINES – RABASTENS du Critérium International. Je n’en revenais pas. Surtout par rapport à ce qui m’était arrivé le lundi d’avant, et en plus le mauvais temps qui ne me convenait pas. Non, non, vraiment, çà a été la course dont on rêve, où tout s’enchaîne idéalement … 

 


Stéphane lors du Critérium International

 

- Avec le recul, ce championnat de France a été une bonne chose pour toi ?

-  Ca a été une bonne chose, mais je regrette de ne pas avoir eu alors l’encadrement d’un Tom BOONEN, par exemple, ou la maturité, parce que, à 24 ans, avec à peine six mois chez les pros (je venais de passer pro l’année d’avant, donc j’avais même pas une année complète), j’ai eu une mauvaise gestion du titre … C’est vrai que je n’étais pas attiré par les médias, la " pub ", le côté un peu clinquant du TOUR DE France … J’étais beaucoup plus intéressé par le sport, les résultats, le pied que je prenais à courir les épreuves auxquelles je participais. Mais tout ce qu’il y avait à côté, je l’abordais … mal.

 
Avec le recul, je crois que j’ai mal géré, j’ai trop mis de côté cet aspect du métier ; et puis, les gens qui m’entouraient alors ne savaient que me dire qu’il fallait que je me calme, que je fasse ceci et cela d’une façon qu’on ne veut pas entendre quand on est jeune coureur : c’était des directives, et je suis quelqu’un d’assez indépendant. Peut être un peu dur.

C’est vrai que j’ai apprécié le titre, mais d’un autre côté, il y a des fois où je me suis dit que j’avais l’impression d’avoir gagné le maillot de champion de France … junior ! Parce que, juste après mon titre, on ne me fait pas faire le TOUR DE France. Il paraît que je suis le 5ème champion de France dans ce cas. Ce n'est pas une fierté, loin de là … Au bout de la première semaine après le titre, je commençais déjà à déchanter. Après, il a fallu que je fasse des pieds et des mains pour aller aux championnats du Monde. Il a fallu la blessure d’Yvon LEDANOIS au Mondial de Saint Sébastien pour avoir ma place sur la ligne de départ. Sinon, je n’étais même pas remplaçant. Et alors, je me suis dit qu’il y avait quand même un manque de respect vis-à-vis de ce titre qui commence à devenir pesant. Et je n'ai pas trop compris pourquoi tout cela s’est accumulé la même année. Regardez, Richard VIRENQUE, qui a fait la carrière que vous connaissez : et bien, des années durant, il a couru après ce maillot, sans jamais l’obtenir ! Le titre, c’est une fierté ! D’autant qu’après, je l’ai conforté avec des victoires et des belles places d’honneur, je me suis mis en avant au cours des évènements importants de la saison. J’ai gagné avec le maillot tricolore sur le dos devant Erik ZABEL, c’est quand même des choses qui marquent, et cette reconnaissance là, la reconnaissance sportive, je l’ai cherchée, recherchée, et j’ai eu l’impression qu’elle n’était pas au rendez-vous… Au niveau sportif, car après, au niveau médiatique, encore une fois c’est vrai ma foi, que j’ai pas fait ce qu’il fallait … C’était volontaire, je le reconnais. 

- Mais ce titre, çà reste quand même un bon souvenir ?

- Ah oui ! J’ai vécu une année fabuleuse. Une année où, dès que j’allais au départ d’une épreuve, que ce soit une épreuve de Coupe du Monde ou un critérium, dès que je me présentais, c’était vraiment super. Ca m’a même « boosté » pour aller plus haut, dans des exercices comme les montées de col par exemple, où je ne suis pas trop à mon aise ; par exemple le jour où, dans PARIS NICE, l’étape était dure, je fais 2 derrière Andreï TCHMIL, et suis l’un des rares sprinteurs à terminer devant … çà c’est grâce au maillot … J’en ai même peut être trop fait, et trop couru cette année là. On laisse de l’énergie, des forces, parce qu’on veut être à la hauteur du maillot, et c’est normal … 


Sitôt la ligne franchie …

 

 

- Le soir du championnat, çà a été retour à la maison ou la fête entre copains ?

- Ce soir là, Vincent LAVENUE, mon directeur sportif, a organisé un " truc " à l’hôtel ou nous étions logés avec l’équipe CASINO. Mon ex-femme était restée à la maison à TOULOUSE ce jour là et on a fêté le titre avec l’équipe. Pour la plupart d’entre eux, dont le Directeur Sportif lui-même c’était une première.

D’ailleurs, Vincent LAVENUE me l’a dit que c’était son premier titre de champion de France. Il m’a dit aussi que je lui avais coûté trop cher. A peine descendu du podium, il me disait çà !

- Il n’y avait pas autre chose à dire en pareilles circonstances ? Car en plus, c’était une belle course ! 

- Mais oui. On l’annonçait plan-plan, ennuyeuse … Et il y a eu du mouvement. La dernière heure a été palpitante, l’issue a été incertaine jusqu’au bout. Moi, quand on m’en reparle de cette course, c’est toujours en bien. Beaucoup des gens qui viennent me voir me le disent. Jamais ils ne disent qu’ils se sont ennuyés devant leur poste de télévision cet après-midi là.

- C’est un championnat dont on se rappelle … Et il n’y en pas tant que çà …

- D’autant que j’y ai contribué un peu aussi … Comment dire … Avec ma naïveté de débutant, c’est que je disais en discutant avec Thomas VOECKLER, qui lui aussi a été champion national très jeune : le côté jeune qui débarque, le discours pas programmé, çà a plu. Beaucoup de gens m’ont félicité de mon côté " nature ", qui faisait du bien …»
 



Interviews réalisées par Patrick POLICE

http://francedernyetdemifond.com/



Je tiens tout particulièrement à remercier Stéphane pour son implication dans cette interview, pour sa disponibilité, et le souci du détail qu’il a tenu à apporter à chacune de ses réponses.

par Patrick Police publié dans : Velo
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Mercredi 23 avril 2008

De 1928 à 1959, l’autodrome de LINAS - MONTLHERY a été, régulièrement le siège des Championnats de France des Routiers professionnels, même si c’est moins régulier en ce qui concerne la période de l’après-guerre. Cela faisait 38 années que l’évènement n’avait plus été organisé sur le circuit de l’autodrome, et, signe des temps, la nouvelle n’est pas forcément bien accueillie par certains coureurs et directeurs sportifs … C’est que, faute de candidats à l’organisation, la Fédération Française de Cyclisme a dû se « rabattre » sur LINAS-MONTLHERY, et a dû louer l’autodrome.

 

Un autre signe de ces temps délétères pour le cyclisme : la désinvolture qu’affichent les « ténors » du peloton vis-à-vis de l’ évènement. Force est de constater que la quête d’un maillot tricolore ne les motive pas, nos « as » d’alors, les Laurent JALABERT, Luc LEBLANC, Richard VIRENQUE.

 

Ce dernier fait connaître son désistement le mercredi qui précède la course : le circuit est trop « facile » à son goût et il est hostile au principe d’un accès au circuit payant pour le public (70 FF l’entrée soit dit en passant !) … Ce championnat de France ressemble de plus en plus à un bal de l’esquive …

 

Trop c’est trop … Le président de la F.F.C, Daniel BAAL, appelle personnellement Richard VIRENQUE, puis son Directeur Sportif, Bruno ROUSSEL : Il faut que Richard soit là pour « sauver » l’évènement. Finalement, Richard fera annoncer par Bruno ROUSSEL qu’il se décidera à faire le voyage jusqu’à LINAS « parce qu’il veut surtout permettre aux autres (lire : ses équipiers) d’être champion de France » …

 

Soucieux de sa communication et de son cher public, l’idole des foules françaises ? Certainement, mais ce faisant, il sauve la mise à l’organisateur, qui ne s’en souviendra pas plus que çà lors du grand déballage, un an plus tard, de « l’affaire FESTINA ». Et reconnaissons que lui, au moins, fait honneur, sur ce coup là, à son statut de vedette.

 

Et puis, décidemment, le choix de l’autodrome reste dans la gorge de certains. Et la séance de prise de contact le vendredi 27 ne sera pas de nature à les faire changer d’avis : une quarantaine de crevaisons ( !), des traces d’huile et de graisse sur le circuit … La polémique n’est pas près de s’atténuer

 

Autre signe des temps inquiétant … On espère 10 000 spectateurs côté organisation, on en escompte 15 000 dans la presse locale. Finalement, 9 500 personnes franchissent les portes de l’autodrome …

 

Dimanche 29 juin, pour clore le chapitre morosité, la météo n’est guère engageante, en ce dimanche d’été : la pluie s’est invitée, et elle arrose généreusement l’endroit ! Décidemment, ce championnat de France se déroule sous d’heureux auspices …

Le départ est donné par le vainqueur de la dernière édition disputée sur l’autodrome, celle de 1959 : Henry ANGLADE. C’est lui qui libèrera le peloton des 138 coureurs, Elite 1 et 2 (anciennement « amateurs »), où les imperméables font florès, pendant que, dans les tribunes, une bruyante ovation accompagne Frédéric MONCASSIN, l’un des favoris de l’épreuve …

 

 

Lui au moins, il a fait de la quête du maillot bleu-blanc-rouge un objectif, et il espère que la poisse tenace qui le marque « au cuissard » depuis le début de cette saison 1997 va enfin en ce jour le laisser tranquille.

 

 


 

Car pour Frédéric MONCASSIN, 1997 est une curieuse année … Pensez donc : le 6 avril, au TOUR DES FLANdRes, il a été la victime de l’arrangement de course pris entre ses deux compagnons d’échappée, le Danois SORENSEN, et l’Italien BALLERINI, qui, le sachant plus rapide qu’eux à l’emballage, lui ont démarré à tour de rôle sous le nez. Une semaine plus tard, le 13, PARIS-ROUBAIX lui échappe à cause de l’attitude de Andreï TCHMIL, avec qui il s’est extirpé d’un groupe d’échappés. Ils ont pourtant fait le plus dur en réussissant à s’isoler, mais TCHMIL finasse, appuie mollement ses relais, et ils sont rejoints à l’entrée du vélodrome. La veille du championnat, le journaliste Philippe BOUVET écrira ces lignes signifiantes dans « L’EQUIPE » : « ce serait justice si Frédéric MONCASSIN pouvait se rembourser ici de ses pathétiques déceptions du printemps … ». Ajoutons encore que début juin, c’est un échange de coups avec l’Allemand Rolf ALDAG qui ponctue un sprint au DAUPHINE-LIBERE … A l’évidence, « Fred » n’a pas que des amis dans le peloton. Cela est si vrai que durant le Tour de France il aura maille à partir avec ses « confrères » sprinteurs lors de l’arrivée à MARENNES, le 6 juillet, où coups défendus et bidons vont voler bas …

 

Devant l’accumulation de ces avatars, on ne peut que constater qu’à tout le moins le champion Tarnais n’a vraiment pas rencontré de complaisance dans les pelotons en cette saison 1997 …

 

 

C’est vrai que son allure souple et déliée et son adresse proprement diabolique sur le vélo en imposent à ses pairs (au chapitre de l’adresse, Cyrille GUIMARD, son directeur sportif dans sa première équipe professionnelle l’a comparé en la matière aux frères DE VLAEMINCK, une sacrée référence)

 

Et, dans les sprints, son intrépidité, la sûreté de ses trajectoires (sûrement dues à sa pratique assidue du motocyclisme), et ses prises de risque finalement toujours maîtrisées suscitent souvent l’admiration. Trop « classieux », « Fred » MONCASSIN … En plus de çà, même pas prétentieux, toujours naturellement souriant et affable avec le public. Autant de raisons pour se méfier sourdement de ce coureur atypique, dont la classe frise l’insolence, et pour défendre plus que l’on ne le ferait avec un autre son « pré carré » …

   

C’est parti, et c’est Richard VIRENQUE, fidèle à ses habitudes, qui emballe la ronde. La première échappée sérieuse prendra corps au septième tour. Frédéric BESSY, Jean Cyril ROBIN, renforcés au 8è tour par la présence de Laurent GENTY ouvrent la route … çà, c’est pour la course côté coureurs … Car, côté entraîneurs, portière contre portière, Bruno ROUSSEL et Roger LEGEAY (le directeur sportif de l’équipe de Frédéric MONCASSIN et Président des Groupes Sportifs Français) se livrent à un gymkhana ponctués de noms d’oiseaux sur fond de « Tu vois, ton circuit pourri ! » … Bruno ROUSSEL a déploré une dizaine de crevaisons dans les deux premières heures et çà explique son excessive nervosité …Décidemment, le choix de l’autodrome ne passe pas …

 

Revenons côté coureurs …

Dans le dixième tout, Erwann MENTHEOUR, le fougueux coureur Breton, sort du peloton pour aller chercher les trois échappés. A quelques mètres derrière lui, Laurent BROCHARD (qui, dans quelque mois, deviendra champion du Monde) tente de prendre sa roue … En vain, car Erwann insiste seul, et au terme d’une chasse de toute beauté, fond avant le onzième tout sur les fuyards. Son bel exploit va s’avérer inutile … S’il avait attendu BROCHARD, en unissant leurs forces, et aidés par le jeu de neutralisation de leurs équipes respectives, l’aventure aurait pris une toute autre tournure que celle qui va suivre. Erwann raconte fort bien cet épisode dans son livre « SECRET DEFONCE », écrit quelques années plus tard, ouvrage hautement recommandable pour qui souhaiterait être édifié sur les usages du cyclisme des années 90 …

 

Au 19è tour, la crevaison (encore la faute au circuit peut être ?) de Jean Cyril ROBIN annonce la fin de l’échappée. Puis le peloton, d’accélérations en accélérations, se fragmente, et il ne reste plus que 31 coureurs en lice pour la victoire. Dans l’avant dernier tour (il y en avait 24 à accomplir, soit 240 km), Pascal HERVE, équipier de Richard VIRENQUE, et le Francilien Christophe AGNOLUTTO trouvent l’ouverture.

 

 

 Il reste deux tours à faire … Au passage de la cloche, ils ont 22’’ d’avance sur le peloton … Un jeune coureur est « collé » à la roue de Frédéric MONCASSIN. Il est l’équipier de Christophe AGNOLUTTO, l’un des deux échappés.

 

 

Il s’appelle Stéphane BARTHE et l’on va reparler de lui bientôt. L’équipe GAN (celle de Frédéric MONCASSIN) organise la chasse derrière.

 



Au pied de la côte LAPIZE, les échappés ont encore 15’’ d’avance. Le coup est encore jouable pour eux, surtout qu’ils arrivent au sommet sans être rejoints…

 

 

Et puis, un peu plus loin, à deux kilomètres de l’arrivée, ils ne voient pas fondre sur eux un bolide blanc : c’est Frédéric MONCASSIN, qui a choisi de jaillir dans le ressaut de COUARD après la côte LAPIZE.

 

 Le retour de Fred MONCASSIN 

En l’apercevant, au bout d’un moment seulement, tant « Fred » a su rester discret dans son sillage, Pascal HERVE a ce cri du cœur : « oh ! Putain .. T’es là, toi … ». Et il ne roule plus … AGNOLUTTO roule désormais sans conviction et le rythme baisse ostensiblement, Frédéric MONCASSIN, désespéré, appuyant sans conviction quelques relais …

 "Fred" discret dans les roues

 

 Oh! putain .. t'es là toi ! ...

 

AGNOLUTTO pourtant insiste encore

 

 Dès lors, il est clair que le peloton va revenir : le formidable « coup » de « Fred » a échoué … Il surveille le retour du peloton pour tenter de se relancer dans le sprint massif inévitable désormais.

 

Sitôt le trio repris,c’est Laurent BROCHARD qui tente illico une sortie désespérée. Mais rien à faire : la 22ème édition du Championnat organisée sur l’autodrome va se gagner au sprint !

 

 


 

 Et c’est le jeune et puissant Stéphane BARTHE, l’une des révélations du début de saison, qui va, dans un déboulé tendu, tenir à distance les autres deux sprinters que sont Damien NAZON et l’ Elite 2 Frank MORELLE. Du côté des officiels, on doit être soulagé : si Frank MORELLE avait remporté le titre, qu’est ce qu’ils n’auraient pas entendu !

 

Sa joie fait plaisir à voir ! Il fait sauter à plusieurs reprises la roue arrière de son vélo sitôt la ligne franchie, reçoit, toujours en roulant, les félicitations du battu du jour, « Fred » MONCASSIN. Il endosse peu après le maillot tricolore et déclare tout de go : « çà me fait ch… pour « Fred » … Et c’est vrai, en plus. Si c’est lui qui avait été vainqueur, çà ne m’aurait pas gêné. C’était un bon copain et çà restera un bon copain » …

 

 

 

Cette édition 1997, et tant pis pour ses détracteurs, aura été une très belle édition, passionnante, et le cadre idéal de l’autodrome, ne leur en déplaise, aura permis le déroulement d’une course débridée et dramatique en son dénouement. LINAS – MONTHLERY a été le siège d’un grand championnat de FRANCE

 

Elle ne portera pas chance à Stéphane BARTHE, champion de France pour sa première saison chez les professionnels, mais qui ne retrouvera plus jamais au cours de sa trop brève carrière un tel jour d’embellie …. Il quittera sans bruit le peloton des professionnels à l’aube de la saison 2005.

 

Quant au héros malheureux de la journée, Frédéric MONCASSIN, au-delà de sa terrible déception, ce championnat marquera de toute façon un tournant décisif dans sa carrière.

 



Toute la tristesse de Fred MONCASSIN … 


Et pour ce qui concerne le cyclisme en général, nul ne peut en ce dimanche prévoir qu’il vivrait là sa dernière saison d’euphorie insouciante. 1998 et « l’affaire FESTINA » vont le faire basculer pour longtemps dans l’ère du doute et de la suspicion …

 

 

En guise d’épilogue, notons que le cyclisme n’en aura pas fini avec les circuits automobiles pour autant, malgré les polémiques qui ont entouré cette édition 1997…. En 1998 et 1999, le championnat de France des routiers professionnels sera organisé sur le circuit de CHARADE, près de CLERMONT-FERRAND.


Auteur : Patrick POLICE

Q
ui sait si le cyclisme qui s’est une fois de plus trouvé ce jour de juin 1997 au rendez-vous de son histoire à LINAS MONTLHERY, ne retrouvera pas un jour le chemin de l’autodrome 
?

par Patrick Police publié dans : Velo
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Dimanche 13 janvier 2008
Auteur : PATRICK POLICE 
Créateur du site web FRANCE DERNY & DEMI - FOND
 
 14 Août 1933  … Pour la première fois, un championnat du Monde cycliste des routiers professionnels est organisé en France …
 
Autre « première », l’évènement va, ainsi que l’a décidé l’Union Cycliste Internationale l’année précédente, être organisé sur un circuit fermé et … payant. Le principe de gratuité, jusqu’ici en vigueur dans les éditions antérieures, est donc aboli, et c’est l’Autodrome de LINAS MONTLHERY qui va inaugurer cette formule.
 
Par contre, le déroulement de la course sur un circuit automobile ne constitue pas une nouveauté, puisque l’ édition initiale avait eu lieu le 21 Juillet 1927 sur le circuit du Nurburgring tout juste achevé.
 
Mais, vous allez le voir, l’autodrome va être le théâtre d’autres « premières » en ce Lundi d’été …
 
Police-Patrick-photo-n---6-Championat-du-monde-1933-SPEICHER.jpgCoureur racé, dont l’allure élégante, souple, n’était pas sans annoncer celles à venir d’un Fausto COPPI, Georges SPEICHER était vraiment un coureur « atypique » dans le peloton des années 30. Sa position de bras très allongée et une assise postée en arrière sur la selle (à vrai dire la position adoptée par tous les cyclistes de nos jours), le distingue immanquablement de ses pairs lorsque l’on visionne les photos ou films d’actualité de l’époque.
 
Atypique, son parcours l’est aussi … Alors que le vélo est, avec la boxe, le sport – roi en ces années d’après-guerre, que toute une jeunesse se sent une vocation d’apprenti – champion, lui débute dans le vélo par hasard … 
En fait, il accomplit ses premiers tours de pédale à 18 ans, et tout çà par ce qu’il a répondu, en ces temps de chômage, à une petite annonce. Et lui qui ne sait pas rouler à bicyclette, il réussit à se faire embaucher … comme coursier pour des livraisons … à vélo ! 
Il raconte : « les premiers jours, je roulais uniquement le long des trottoirs, pédalant de la jambe gauche … pour trouver mon équilibre, je prenais appui de la jambe droite sur les bordures des trottoirs ».
 
A 22 ans, âge auquel beaucoup de ses pairs sont déjà des champions aguerris, il signe seulement sa première licence : il rejoint les rangs du prestigieux Vélo Club de LEVALLOIS, club n° 1 des amateurs français, grand pourvoyeur de champions tant olympiques que professionnels. En 1932, à 25 ans, il dispute déjà son premier Tour de France, qu’il termine à la onzième place. Cette ascension fulgurante est ponctuée en 1933 par une victoire sur cette même épreuve, et suivie par une autre, tout aussi prestigieuse, dont nous allons maintenant parler …
 
Police-Patrick-photo-n---5-Championat-du-monde-1933.jpgLe TOUR DE FRANCE s’est achevé le Dimanche 23 Juillet : retenez bien cette date.
 Le championnat du Monde des routiers professionnels lui, aura lieu le 14 Août.
Une vingtaine de jours donc après la plus éprouvante épreuve du monde. 
Le rapprochement de ces deux dates ne va pas être sans influer sur la décision des sélectionneurs. Pour représenter la France, trois coureurs ont été sélectionnés : Antonin MAGNE, champion indiscutable, qui a terminé second du championnat de France disputé sur ce même circuit de MONTLHERY. Roger LAPEBIE, le jeune (22 ans) champion de France, un « taureau », une force de la nature, éclatant de puissance et de santé. Paul CHOCQUE, la révélation de l’année, vainqueur à 21 ans du réputé CIRCUIT DE PARIS.
 
Et le vainqueur du TOUR ? On le nomme remplaçant, en estimant que les fatigues accumulées dans le TOUR lui seront préjudiciables le jour du championnat… En fait, il se dit très fort qu’ en haut lieu, on n’a pas confiance en lui. En cause, sa réputation d’indolence, réputation que nourrit son apparente facilité dans l’ effort. 
Et puis, les officiels de l’ Union Vélocipédique de France subissent le poids de l’évènement qu’il organisent : ces championnats du Monde se déroulent en France, ils considèrent avoir fait le meilleur choix.
 
Et là, patatras ! Ils apprennent le Vendredi 11 que Paul CHOCQUE est tombé soudainement malade. Il ne pourra être au départ . C’est une catastrophe … De remplaçant, Georges SPEICHER devient titulaire.
 
Mais comme il s’était mis en tête, (et on peut le comprendre), qu’il ne participerait pas à ce championnat du Monde, vous pensez bien qu’il ne s’est pas gêné pour faire relâche sur la discipline de vie nécessaire à un champion de son rang. De plus, le coureur de PANTIN a la réputation d’aimer faire la « fête ». Et depuis le Dimanche 23 Juillet, il n’est pas remonté sur son vélo de route ! Il a aligné quelques contrats sur piste, sur des distances ne dépassant pas 75 kilomètres … Or, l’épreuve de MONTLHERY en comportera 250, une paille !
 
Samedi 12, SPEICHER ne s’est pas manifesté, l’annonce du retrait de CHOCQUE n’étant pas à l’ évidence parvenue jusqu’à ses oreilles.
 
L’affaire prend une tournure un rien désastreuse. Alors que le soir tombe, on va le chercher maintenant partout : chez lui, à PANTIN, puis chez ses amis … On apprend qu’il est parti dîner avec des camarades à PARIS ? Dès lors, on visite systématiquement tous les restaurants qu’il serait susceptible de fréquenter … Mais il demeure introuvable !
 
Et puis, sur la foi de renseignements un peu plus précis, on oriente les recherches vers le 20è arrondissement … Là, on honore Georges SPEICHER dans le quartier de sa naissance, au Théâtre du 20è siècle … Les dirigeants le retrouvent en ce lieu à minuit, juste à la sortie du spectacle.« Il faut que tu rentres immédiatement, lui disent-ils, tu cours Lundi le championnat du Monde ! » Georges leur donne son accord, et les dirigeants rentrent dans leurs pénates, soulagés … Mais lui, il prolonge tard dans la nuit la fête commencée avec les copains une fois que ce respectable aréopage a tourné les talons …
 
Le lendemain, il se rend à l’atelier courses de son équipe ALCYON pour y recevoir un vélo à ses cotes … In petto, il se dit : « Puisqu’ils veulent que j’ y aille, je prendrai le départ, ne serait ce que pour donner un coup de main aux coureurs de l’ équipe de France …. » .
 
Et le Lundi arrive … En guise de préparation diététique, Georges s’attable au petit Bistrot de MONTLHERY. Au menu, (et ce une demi – heure avant le départ de la course) tenez vous bien : andouillette, saucisson, charcuterie, le tout arrosé de vin rouge et de vin blanc, pour faire bonne mesure !
 
100 000 spectateurs ont envahi l’autodrome, sans compter les quelques milliers de resquilleurs . Sur la ligne de départ, c’est un autre menu qui l’attend : 250 kilomètres, ponctués de vingt ascensions de la Côte LAPIZE, avec ses 10 % si lourds à digérer ! Il confie à ses deux compagnons, en prenant bien soin de ne pas être entendu des autres coureurs : « je vais vous préparer le boulot en démarrant très tôt, et en faisant rouler les Italiens (tenants du titre avec le campionissimo BINDA – ce dernier n’est pas loin, et il comprend parfaitement le français puisqu’il a travaillé en France et débuté sa carrière cycliste sur la Côte d’ Azur) … Après, ce sera à vous de jouer ! »
 
Et SPEICHER attaque dès le coup de pistolet ! Il est repris, mais il recommence à la fin du premier tour « en plaçant une mine » dans la côte LAPIZE … Il est rejoint par le Hollandais VAN DER RUIT et par Roger LAPEBIE, son équipier .
 
Police-Patrick--photo-n---1-Championat-du-monde-1933.jpg  
 Et puis, vers le dixième tour, ces trois-là sont rejoints, un regroupement s’opère … Et SPEICHER redémarre !
 
A partir de ce moment, les écarts vont s’allonger très vite avec le peloton. Il reste pourtant 125 kilomètres à parcourir ! Tout en roulant, il exprime ses doutes aux suiveurs en auto ébahis par cet incroyable scénario (ils connaissent eux ce qui s’est passé ces dernières quarante - huit heures) et par l’ impression époustouflante de facilité qu’il dégage dans l’effort (ce dont atteste les photos et films de l’époque) : « Pensez vous, çà ne peut pas être sérieux. Je vais me relever tout à l’heure, car je ne tiens pas à me « coucher » avant l’arrivée ! »
 
Vers le douzième tour, il possède 2’ 30 d’avance sur le Hollandais VALENTIJN, et 4’30 sur un peloton comprenant l’ Italien BINDA, le triple champion du Monde, et les Belges, maîtrisés par ses équipiers MAGNE et LAPEBIE, qui dès lors, « jouent sur du velours ».
 
A ce moment, les suiveurs reviennent à sa hauteur et lui disent que, tout de même, l’affaire semble maintenant prendre bonne tournure pour lui. Il répond, tout en décontraction : « Vous avez raison, je crois qu’il faut y aller ! ».
 
Et il augmente l’allure ! L’aventure insensée prend dès lors allure d’ apothéose …
 
Police-Patrick--photo-n---2-Championat-du-monde-1933.jpg 
Georges pédale « comme à l’entraînement » , c’est lui-même qui l’affirmera après coup … (entraînement qu’il n’a pas suivi, remarquons le au passage)
Preuve absolue de sa décontraction totale : un orage survient pendant la course. A son beau-frère, posté en bordure du circuit, il crie en passant : « Va capoter ma voiture, elle va se salir ! » (SPEICHER venait d’acquérir une PEUGEOT 201 décapotable) … Et tout çà, exprimé avec calme et désinvolture, à 40 à l’heure ! (la moyenne à l’issue de la course sera de plus de 35, 5 km/h pour les 250 kilomètres, alors qu’il aura accompli sur les 4/5 du parcours en solitaire, et à l’attaque presque constamment, sur le difficile circuit de l’autodrome, balayé par le vent : admirez l’exploit !)
 
Georges SPEICHER triomphe, le mot n’est pas trop fort, avec 5’ 33 d’avance sur Antonin MAGNE (deux Français sur le podium, le bonheur du public et des officiels sera total ainsi) et le Hollandais VALENTIJN, qui sont sortis du peloton pour chasser (surtout le Batave, vous vous en doutez, MAGNE étant bloqué par le jeu d’équipe) sur le champion français … Les Italiens, les Belges, les Suisses et les Allemands finissent, déconfits, à 11 minutes !

La ligne franchie, au terme de cette course qui constitue un véritable défi à la raison sportive, Georges SPEICHER déclare placidement, alors qu’on le presse et le félicite de toutes parts : « Bah ! Je n’ai pas beaucoup de mérite. Je marchais bien, voilà tout. »
 
Police-Patrick--photo-n---3-Championat-du-monde-1933.jpg 
 
Georges SPEICHER devient ainsi le premier champion du Monde cycliste professionnel français sur route. Sa victoire est à plus d’un titre historique : il gagne le premier championnat du Monde des routiers organisé en FRANCE
(il y en aura d’autres), et est le premier à réaliser le doublé TOUR DE FRANCE - Championnat du Monde (d’autres le réaliseront mais bien plus tard) .
 
Cynisme ? Désinvolture ? Il déclarera bien plus tard, à l’intention de personnes qui lui demandent si ce titre lui a procuré de la joie : « Venant après ma victoire du TOUR DE FRANCE , ce titre ne m’a rien rapporté de plus au point de vue contrats, car je touchais déjà, grâce à ma victoire dans le TOUR, le maximum . J’aurais mieux aimé le gagner l’année d’après, tu penses ! » …

... C’est pas gentil pour notre Autodrome, qui aura été le siège d’un évènement mémorable à plus d’un titre, propre à nourrir la « Légende des Cycles », même si Georges SPEICHER lui-même, mentalité de coureur professionnel oblige, n’en a pas saisi la pleine dimension, visiblement.
 
 
Police-Patrick--photo-n---4-Championat-du-monde-1933-G.-SPEICHER-avec-Antonin-MAGNE.jpg 

En fait, en ce 14 Août 1933, ce que ne sait pas encore le nouveau champion du monde , au moment où il revêt le prestigieux maillot irisé, c’est qu’il aura bien d’autres rendez-vous avec l’Autodrome. Et au bout de ces rendez-vous, il gagnera un surnom, celui de « Roi de MONTLHERY » …
 
On en reparlera … Promis …

 
 
 
 
 
par P. Pannetier publié dans : Velo
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Samedi 22 décembre 2007


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Livre à découvrir :
"Les Champions des méandres de la Seine"
par Jean-Marie Letailleur

Présentation :

Un siècle de cyclisme au Sud de Paris, c'est une abondance de faits, un foisonnement d'évènements. 

En 100 ans, que de Champions auront gravi cette fameuse côte Lapize sur le mythique autodrome de Montlhéry avant d'en savourer la victoire. Ce haut-lieu de l'automobile situé sur le plateau de Sainte-Europe est sans contexte possible le quartier général des épreuves cycliste de l'Ile-de-France et ceci depuis 1928.

L'ouvrage n'a pas la prétention de retracer toute l'histoire du cyclisme au Sud de Paris en détail, il y faudrait plusieurs volumes, toutefois avec le plus d'investigations possibles, en ayant compulsé un grand nombre d'archives, les lecteurs trouveront brossés, çà et là, des visages connus et inconnus qui, je n'en doute pas, rappelleront des souvenirs bien ancrés dans les mémoires des purs et durs du vélo.
Forcément, des critères ont été retenus pour clarifier le peloton des participants et c'est ainsi que vous y trouverez tous les champions des méandres de la Seine. Ceux qui y sont nés, ceux qui ont porté les couleurs des Clubs de la Seine-et-Marne, de l'Essonne et des Yvelines. Enfin, ceux qui y résident. Des "Seigneurs" comme Toto Grassin, René Pottier, Henri Lemoine, les frères Guyot, Régis Ovion, Laurent Fignon, côtoient tous ceux à qui il a été possible de rendre hommage, et tant d'autres qui ont révélé une volonté farouche et une énergie sans borne avant d'obtenir un brin de gloire, sans oublier les espoirs aux qualités déjà constatées.

J'ai pris beaucoup de plaisir à rassembler ces documents, à rencontrer ces sportifs aux caractéristiques diversifiées et vous invite à coller au peloton de ces athlètes qui ont fasciné ma jeunesse.

Puisse, cet humble ouvrage, faire connaître davantage les champions qui ont suscité aussi chez vous une gaieté tant redemandée.

PRIX DE VENTE : 30 € 

Pour commander :
Contactez directement l'auteur au : 01 64 99 57 96, le soir après 20h00.
Jean-Marie Letailleur
1 rue du Camard
91720 - Maisse
France

par P. Pannetier publié dans : Velo
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Samedi 24 novembre 2007
22-SEPT-1931-petit.jpgMatch l'Intran 22 septembre 1931 (article d'époque)
 
L'autodrome de Montlhéry recevait dimanche les cyclistes et les motocyclistes. Parce que les motocyclistes disputaient les premiers leurs championnats de France, il nous fallut attendre le départ des cyclistes et le Critérium des Comingmen se termina assez tard. Pourtant, les concurrents avaient fait diligence, malgré un vent assez sérieux, malgré aussi quelques erreurs dans les services d'entraînement. Leurs camarades des clubs qui les entraînent ne sont pas très habitués à ce travail et comme les groupes comptaient parfois une centaine d'unités, il en résulta quelques cafouillages d'abord et d'assez nombreuses chutes ensuite. Aux dires d'ambulanciers, jamais pareille tâche n'avait été imposée à l'ambulance. On pansa une trentaine de jeunes petits gars qui s'en tirèrent tous à très bon compte et qui étaient un peu fiers peut-être de pouvoir se montrer avec des pansements impressionnants. « C'est le métier qui rentre », comme disait l'un d’eux.
 
Sur trente concurrents partis, il en restait neuf en course - nous voulons dire par là, capables de prendre part à l'arrivée - au dernier tour, et la course se termina au sprint.
 
Elle est fort intéressante, cette épreuve, et Paris-Sportif, qui l'organise depuis quelques années, a eu une excellente idée en réunissant celui qui doit être le meilleur coureur de chaque club dans une épreuve assez dure et avec l'entraînement de camarades qui font parfois mal parce qu'ils veulent faire trop bien. On a trouvé là un moyen de développer cet esprit de club si important dans les compétitions routières de l'année. On l'a vu du reste, par les résultats obtenus par certain club chez lequel cet esprit est plus puissamment développé que chez d'autres, parce qu'il est la résultante d'une vie que l'on peut dire familiale.
 
9--me-crit--rium-petit.jpg
Il est fort possible d'ailleurs que si pour une raison quelconque - et il en est de nombreuses - les courses sur route du dimanche, voyaient l'arrivée d'un veto qui interdirait la route aux cyclistes dans le cas de compétition, l'autodrome serait là qui permettrait de courir moins d'épreuves peut-être, mais de fort intéressantes cependant, si on voulait bien se donner la peine d'en étudier les formules.
 
Nous croyons bien que les épreuves disputées sur la piste routière de Montlhéry, parce qu'elles exigent un effort constant, sont de nature à mettre en vedette les moyens certains que possèdent quelques coureurs qui ne savent pas toujours les utiliser sur la route.
 
C'est Lucien Weiss, des Halles Sportives, qui a gagné très nettement au sprint devant Caudal, de l'A.C.B.B., et Noret du C.S.I. Il a gagné avec une telle facilité que l'on doit voir en lui un coureur capable de remporter des victoires plus importantes. Il a gagné sagement, ne commençant son effort qu'à la mi-course et c'est peut-être l'empressement mis par Peuziat et Noret à faire en tête les premiers passages qui les a privés de ressources à l'arrivée.
 
Aucun des concurrents n'a tenté de s'échapper. Il faut reconnaître que l'échappade est difficile lorsque les entraîneurs ne sont pas particulièrement dressés à leur besogne spéciale. On aurait pu penser toutefois que Noret et Peuziat, qui paraissaient encore au septième passage, posséder des ressources suffisantes, joueraient leur chance, dans le dernier tour de la piste routière. Ils n'ont pas osé.
 9--me-crit--rium-petit-1.jpg
Une dizaine de concurrents ont été mis hors course par des chutes ou des crevaisons. Une dizaine d'autres ne pouvaient avoir de prétentions et devaient s'en rendre compte dès les premiers tours. Il est donc resté un tiers des partants pouvant terminer la course honorablement.
           
La moyenne, dépassant 38 kilomètres à l'heure, est en somme excellente si l'on tient compte des conditions atmosphériques peu favorables. On a fait mieux mais par des temps meilleurs. A-t-on vu dans cette épreuve quelques coureurs ayant la classe d'un Choury, d'un Brossy ou d'un Peix ? C'est ce que l'avenir nous dira. Convenons d'ailleurs que des trois noms que nous venons de citer et qui sont ceux de coureurs ayant gagné le critérium des Comingmen sont portés par des pistars qui ont compris assez rapidement que la piste présentait sous bien des rapports beaucoup plus d'intérêt que la route. C'est pour cela que nous ne pensions pas que le lot de nos As de la route pourrait s'augmenter de quelques-unes des unités terminant en bonne place ce critérium des Comingmen qui avait rassemblé sur l'autodrome de Montlhéry quelque 5000 spectateurs. C'est un beau résultat et qui dit, une fois de plus, combien le sport cycliste est populaire.
 
René Bierre

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par P. Pannetier publié dans : Velo
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