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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 18:38


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Patrick Police qui travaille depuis de nombreuses années sur l'histoire du cyclisme sur l'autodrome.

Nous fait ici en exclusivité la primeur d'un extrait de son livre qui sortira en juin 2010. Ses articles toujours aussi passionnants nous laissent imaginer l'aventure qu'il va nous conter dans son ouvrage sur l'incroyable épopée du cyclisme sur l'autodrome, dont l'histoire étonnante a été en grande partie oubliée. On attend la sortie de son livre avec impatience. 

________________________


En cette année 1959, les organisateurs du Critérium National de la route, épreuve réservée aux seuls coureurs français,les quotidiens« L’EQUIPE »  et « FRANCE-SOIR » décident de rompre avec le classique circuit sud francilien emprunté depuis 1933 (année de la première édition). 


Le développement continu de la circulation automobile en région parisienne, et les encombrements des routes le week - end des vacances de Pâques   rendaient de toute façon  chaque année un peu plus impérieuse la nécessité de ce changement.


Mais cette décision de quitter les routes de Seine et Oise pour le ciment du circuit routier de l’autodrome n’est pas seulement inspirée par des considérations liées à la fluidité du trafic automobile … En effet, le Parc des Princes, lieu d’arrivée traditionnel du Critérium National,  est  indisponible le jour de l’épreuve, pour cause de Coupe de France de football. Difficile pour les organisateurs de se priver de la recette d’un match Rennes - Lyon. Déjà, le cyclisme commence à ne plus faire le poids face au ballon rond …


Enfin, un troisième motif pousse les organisateurs à prendre ce virage décisif.


Car la Télévision française, dans une démarche expérimentale qui l’honore, compte bien diffuser les grandes phases de  l’épreuve, tout au long de la journée, de dix heures trente du matin à dix sept heures. D’abord, une  séquence de dix minutes au départ de la course. Puis deux autres, l’une lors du  journal du midi, l’autre  dans l’après-midi au cours de l’émission « Télé - Dimanche ».  Pour clore ce véritable « fil rouge », une ultime visite à l’épreuve  aux alentours de dix sept heures, pour l’arrivée.


Un réseau intérieur de télévision sera installé aux loges, aux tribunes, au pesage, aux buffets et au restaurant « La Potinière ». On pourra y suivre l’intégralité de la course.  Pour la première fois, un hélicoptère, de modèle S 58, sera utilisé. Il embarquera un caméraman muni d’une caméra de soixante cinq kilos (une paille !), qui filmera pour la toute première fois des plans d’ensemble.


La réalisation de cette expérience dans le cadre d’un circuit permet de réduire au mieux la part d’aléas, et facilite le travail des techniciens.


En cette année 1959, le cyclisme à la télévision a dépassé l’âge des pionniers.

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Dès  1950, la télévision diffusait en effet un compte – rendu quotidien du Tour de France, avec un décalage d’une demi-journée. A partir de l’année 1956, le film de l’étape est visible à vingt heures trente. 


Enfin, en août 1958, une première expérience télévisuelle a été  tentée sur le circuit de REIMS, à l’occasion des championnats du monde des routiers professionnels, mais, en ce jour, sur l’autodrome, l’évènement prend une toute autre ampleur.

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Quatre caméras seront installées à l’intérieur de l’anneau de vitesse, à des hauteurs variables. Une autre fixe, campera devant la ligne d’arrivée. Enfin une caméra électronique sera  installée dans une voiture et roulera parallèlement à la route empruntée par les coureurs, notamment pour effectuer un travail en « gros plan ». 

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Une belle américaine pour une première télévisuelle


Pour la première fois, des interviews des coureurs pourront être réalisées en direct, pendant qu’ils  roulent. L’ancien coureur Robert CHAPATTE assure le reportage de l’épreuve à bord d’une voiture suiveuse.


Plus d’un million quatre cent mille foyers vont pouvoir suivre la course devant leur poste de télévision La publicité rebondit de suite sur cet évènement et propose la location d’un poste de télévision pour la modique somme de cinq mille francs  (anciens) par mois pour suivre ce Critérium National.


Les coureurs ont déjà tout compris de la portée de l’évènement. L’un d'eux, Francis PIPELIN, déclare : « Il faudra être costaud à Linas - Montlhéry, car la plupart des concurrents voudront faire un coup d’éclat pour apparaître en gros plan sur les téléviseurs … ».


On peut avancer, sans risque d’être détrompé, que l’histoire d’amour du cyclisme avec la télé a commencé là, sur l’autodrome de Linas-Montlhéry, en ce début de printemps 1959.
 
Cette « première » télévisuelle, un organisateur conséquent ne pouvait  y rester insensible. Notre bon vieil autodrome en sera le théâtre expérimental.

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Et toujours « la Belle Américaine »


Et puis, comme l’on en est décidemment en veine de nouveauté, on va rompre avec une   tradition, en adoptant pour la circonstance un sens de rotation inverse, avec corde à droite.  On descendra par conséquent la côte Lapize, et on montera la côte Danguillaume, tout de même moins difficultueuse.


Pas de chance, la météo est franchement mauvaise, et va arroser copieusement l’évènement la journée durant. Pourtant, l’essentiel sera au rendez-vous, sous la forme d’une course magnifique - « l’une des plus beaux critériums disputés à ce jour » -, écrira Robert CHAPATTE dans les colonnes de « Miroir Sprint ».


Avant de nous lancer au cœur de la course, procédons à une revue des effectifs en présence.


Si un homme a marqué de son empreinte le début de la saison, c’est bien le Berrichon Jean GRACZYK. « Popoff » vient de remporter un PARIS NICE prolongé cette année jusqu’à ROME, et joué les animateurs dans MILAN – SAN-REMO. L’homme est au centre de toutes les attentions, et il ne va pas nous décevoir en cette humide journée.


Au cours de cette même épreuve, le Normand Gérard SAINT a fait grosse impression, et Roger RIVIERE a été très en vue. Le journal « L’EQUIPE » fait monter la sauce : « RIVIERE, ANQUETIL et BOBET directement et farouchement aux prises ce dimanche à Linas – Montlhéry ».
 
Raphaël GEMINIANI, jamais en retard d’une surenchère, a fanfaronné le jeudi précédent qu’il gagnerait le Critérium National détaché « après un bon petit festival maison », comptant sur son protégé Roger RIVIERE pour terminer second. Mais le conditionnement moral a ses limites, nous le verrons …


Le départ de cette édition si particulière est donné à dix heures trente. Dès le quarantième kilomètre, un paquet de seize hommes, dans lequel se trouvent notamment Bernard GAUTHIER, Edouard DELBERGHE, Jean STABLINSKI, Marcel ROHRBACH, s’affranchit de la tutelle du peloton. Leur avance va culminer à deux minutes. Ils seront rejoints au dixième tour.

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Une ballade un jour de pluie au pied des falaises


Au quatorzième tour, sous l’impulsion de Jean HOFFMANN, dix hommes s’isolent.  Parmi eux, un lot de « grosses pointures » : Valentin HUOT, champion de France sortant, André DARRIGADE, Raphaël GEMINIANI, René PRIVAT, Fernand PICOT. Derrière eux, Francis ANASTASI, au prix d’une chasse de grand style, revient, tandis que PAVARD et HOFFMANN sont lâchés inexorablement.


De l’arrière rappliquent, à quatre tours de l’arrivée,  trois coureurs, et des « gros » : Jean STABLINSKI, Pierre EVERAERT et Jean GRACZYK. 


C’est la « bonne », celle qui va aller au bout. Elle est constituée de DARRIGADE, GRACZYK, ANQUETIL, STABLINSKI, tous de l’équipe Helyett-Leroux ; PICOT, HUOT et PRIVAT, de l’équipe Mercier BP ; deux hommes de l’équipe Géminiani Rapha : Pierre EVERAERT et GEMINIANI, qui est donc au rendez-vous qu’il a fixé.  Et enfin, un homme isolé, Claude COLETTE, de l’équipe Peugeot. Francis ANASTASI a entre-temps disparu du groupe, sur crevaison.

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C’est la « bonne »

Il ne manque à cette échappée de rêve que deux hommes : Jean FORESTIER, et Roger RIVIERE, qui enregistre en ce jour la première des avanies qui marqueront sa saison 1959. Jacques ANQUETIL, quant à lui, pour y figurer  s’est fendu d’un numéro éblouissant : il est sorti dans la côte DANGUILLAUME, et a repris le groupe des neuf en moins de deux kilomètres ! A l’issue de cet exploit, double est la satisfaction du normand : il va pouvoir donner un coup de main à ses trois équipiers, si la gagne ne s’avère pas devoir être pour lui, et … il laisse se débattre dans le magma du groupe des battus  son rival RIVIERE, un rival qui lui fait de plus en plus d’ombre dans les médias.

Trois tours  restent  à accomplir.


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Dépannage express pour DARRIGADE


GRACZYK, omniprésent aux avant-postes de la course, attaque et fait le trou, accompagné du rapide PICOT. DARRIGADE, au prix d’un bel effort, vient renforcer cette brigade de vifs - argent, en recollant avant le sommet de Danguillaume. Puis, GRACZYK attaque à nouveau, obligeant PICOT à un nouvel effort. A son tour, DARRIGADE y va d’une « mine », pour faire bon poids.  PICOT répond du tac au tac, jusqu’à ce qu’un ralentissement favorise un regroupement. Pendant ce temps, Claude COLETTE, a fait les frais de ces échauffourées.


Maintenant fuse un feu roulant d’attaques en règle, menées sur le mode « à toi – à moi » par ANQUETIL, puis STABLINSKI … Mais à chaque fois, Valentin HUOT ramène son sprinteur Fernand PICOT. Il est partout, le Périgourdin, dans ce final.


A quatre kilomètres de l’arrivée,  André DARRIGADE se fend d’une sortie énergique. Cette fois encore, le mirobolant HUOT se charge de ramener l’audacieux à la raison. Aussitôt, en maître-coureur qu’il est, Jean STABLINSKI place un contre  au kilomètre.  Dans ce genre de situation, il est bien rare que l’on voit autre chose que son dossard avant  le passage sous la banderole d’arrivée.


Pour le ramener à la raison, il faut l’action d’un « pays », le nordiste EVERAERT, qui rejoint « Stab » à l’entrée de l’anneau de vitesse …


Dès lors, ANQUETIL et GRACZYK vont tout faire pour « placer » au mieux le plus rapide d’entre eux, André DARRIGADE.


Et le rapide « Dédé », d’un fameux déboulé,  va parachever de la plus belle manière ce travail d’orfèvre en venant à bout d’un épatant Fernand PICOT … 

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André Darrigade a fait bonne mesure


Il se console ainsi du Milan – San-Rémo de jeudi dernier, et de son sprint de forbans, truffé de tassages, catapultages et retro poussettes, sanctifié par des commissaires atteints de  cécité chronique. A la régulière, nul doute qu’il aurait  eu, et comment !, sa carte à jouer contre POBLET et VAN STEENBERGEN. 


Il est tout à la joie d’une victoire qui  met sa saison de bons rails, lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle n’a finalement tenu qu’à un fil … de boyau. Un coup d’œil sur ce dernier, et il voit la chambre au travers ! Encore quelques mètres, et c’était la catastrophe.


Le ciment de l’autodrome n’a jamais été tendre avec les pneumatiques et les chairs des cyclistes, c’est un fait  … Mais reste que chausser un « 180 grammes » à Linas Montlhéry, c’était un peu «  jouer avec le feu » ...
 

André DARRIGADE, le sprinteur généreux, le finisseur qui a toujours su payer de sa personne, aura signé l’une des plus belles pages du livre d’or de l’autodrome, en ce  dimanche de printemps si particulier.


D’ ailleurs, ce circuit lui réussit plutôt, à lui et à la famille, puisqu’il y avait  déjà remporté en 1955 le Grand Prix des Champions, tandis que son frère, une semaine plus tard, y  devenait champion de FRANCE des amateurs. 


Il peut repartir de l’autodrome satisfait, avec femme et frangin, à bord de la Simca Versailles familiale  …


D’autres victoires l’attendent en cette année 1959, dont une, monumentale. Car le sprinter Landais va connaître le couronnement de sa carrière quelques mois plus tard : le 16 août, il  deviendra champion du monde des routiers, sur un autre circuit automobile …  Celui de ZANDWOORT cette fois, aux Pays-Bas.


Et l’expérience télévisuelle, la fameuse « première » ?


De par les conditions météorologiques, elle ne  s’est pas révélée comme étant une franche réussite, et les téléspectateurs  ont été bien déçus paraît-il.


Mais une dynamique irrésistible a été impulsée en ce dimanche 22 Mars 1959, qui marque le début d’une histoire d’amour entre le  vélo et la télévision, une histoire  qui va durer presque un demi-siècle, pour le meilleur d’abord, puis pour le pire ... 


CLASSEMENT
1er  André DARRIGADE  équipe HELYETT LEROUX    FYNSEC HUTCHINSON

      les 250 kms en  6 h  14’ 29 ’’       40,055 km/h

2è   Fernand PICOT       MERCIER BP HUTCHINSON
3è   Jean GRACZYK        HELYETT LEROUX    FYNSEC HUTCHINSON
4è   Valentin HUOT        MERCIER BP HUTCHINSON     
5è   Pierre EVERAERT     RAPHA RAPHAEL GEMINIANI
6è   Jacques ANQUETIL  HELYETT LEROUX    FYNSEC HUTCHINSON
7è   René PRIVAT          MERCIER BP HUTCHINSON  
8è   Raphaël GEMINIANI  RAPHA RAPHAEL GEMINIANI
9è   Jean STABLINSKI     HELYETT LEROUX    FYNSEC HUTCHINSON
10è  Claude COLETTE     PEUGEOT BP DUNLOP    à  57 ‘’


Crédits photos :

- photos collection de Mr Serge CHAUVET

- photos Sport & Vie
- photo collection Philippe BOURDELOT

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Published by Patrick Ppolice - dans Velo
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