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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 21:40

De 1928 à 1959, l’autodrome de LINAS - MONTLHERY a été, régulièrement le siège des Championnats de France des Routiers professionnels, même si c’est moins régulier en ce qui concerne la période de l’après-guerre. Cela faisait 38 années que l’évènement n’avait plus été organisé sur le circuit de l’autodrome, et, signe des temps, la nouvelle n’est pas forcément bien accueillie par certains coureurs et directeurs sportifs … C’est que, faute de candidats à l’organisation, la Fédération Française de Cyclisme a dû se « rabattre » sur LINAS-MONTLHERY, et a dû louer l’autodrome.

 

Un autre signe de ces temps délétères pour le cyclisme : la désinvolture qu’affichent les « ténors » du peloton vis-à-vis de l’ évènement. Force est de constater que la quête d’un maillot tricolore ne les motive pas, nos « as » d’alors, les Laurent JALABERT, Luc LEBLANC, Richard VIRENQUE.

 

Ce dernier fait connaître son désistement le mercredi qui précède la course : le circuit est trop « facile » à son goût et il est hostile au principe d’un accès au circuit payant pour le public (70 FF l’entrée soit dit en passant !) … Ce championnat de France ressemble de plus en plus à un bal de l’esquive …

 

Trop c’est trop … Le président de la F.F.C, Daniel BAAL, appelle personnellement Richard VIRENQUE, puis son Directeur Sportif, Bruno ROUSSEL : Il faut que Richard soit là pour « sauver » l’évènement. Finalement, Richard fera annoncer par Bruno ROUSSEL qu’il se décidera à faire le voyage jusqu’à LINAS « parce qu’il veut surtout permettre aux autres (lire : ses équipiers) d’être champion de France » …

 

Soucieux de sa communication et de son cher public, l’idole des foules françaises ? Certainement, mais ce faisant, il sauve la mise à l’organisateur, qui ne s’en souviendra pas plus que çà lors du grand déballage, un an plus tard, de « l’affaire FESTINA ». Et reconnaissons que lui, au moins, fait honneur, sur ce coup là, à son statut de vedette.

 

Et puis, décidemment, le choix de l’autodrome reste dans la gorge de certains. Et la séance de prise de contact le vendredi 27 ne sera pas de nature à les faire changer d’avis : une quarantaine de crevaisons ( !), des traces d’huile et de graisse sur le circuit … La polémique n’est pas près de s’atténuer

 

Autre signe des temps inquiétant … On espère 10 000 spectateurs côté organisation, on en escompte 15 000 dans la presse locale. Finalement, 9 500 personnes franchissent les portes de l’autodrome …

 

Dimanche 29 juin, pour clore le chapitre morosité, la météo n’est guère engageante, en ce dimanche d’été : la pluie s’est invitée, et elle arrose généreusement l’endroit ! Décidemment, ce championnat de France se déroule sous d’heureux auspices …

Le départ est donné par le vainqueur de la dernière édition disputée sur l’autodrome, celle de 1959 : Henry ANGLADE. C’est lui qui libèrera le peloton des 138 coureurs, Elite 1 et 2 (anciennement « amateurs »), où les imperméables font florès, pendant que, dans les tribunes, une bruyante ovation accompagne Frédéric MONCASSIN, l’un des favoris de l’épreuve …

 

 

Lui au moins, il a fait de la quête du maillot bleu-blanc-rouge un objectif, et il espère que la poisse tenace qui le marque « au cuissard » depuis le début de cette saison 1997 va enfin en ce jour le laisser tranquille.

 

 


 

Car pour Frédéric MONCASSIN, 1997 est une curieuse année … Pensez donc : le 6 avril, au TOUR DES FLANdRes, il a été la victime de l’arrangement de course pris entre ses deux compagnons d’échappée, le Danois SORENSEN, et l’Italien BALLERINI, qui, le sachant plus rapide qu’eux à l’emballage, lui ont démarré à tour de rôle sous le nez. Une semaine plus tard, le 13, PARIS-ROUBAIX lui échappe à cause de l’attitude de Andreï TCHMIL, avec qui il s’est extirpé d’un groupe d’échappés. Ils ont pourtant fait le plus dur en réussissant à s’isoler, mais TCHMIL finasse, appuie mollement ses relais, et ils sont rejoints à l’entrée du vélodrome. La veille du championnat, le journaliste Philippe BOUVET écrira ces lignes signifiantes dans « L’EQUIPE » : « ce serait justice si Frédéric MONCASSIN pouvait se rembourser ici de ses pathétiques déceptions du printemps … ». Ajoutons encore que début juin, c’est un échange de coups avec l’Allemand Rolf ALDAG qui ponctue un sprint au DAUPHINE-LIBERE … A l’évidence, « Fred » n’a pas que des amis dans le peloton. Cela est si vrai que durant le Tour de France il aura maille à partir avec ses « confrères » sprinteurs lors de l’arrivée à MARENNES, le 6 juillet, où coups défendus et bidons vont voler bas …

 

Devant l’accumulation de ces avatars, on ne peut que constater qu’à tout le moins le champion Tarnais n’a vraiment pas rencontré de complaisance dans les pelotons en cette saison 1997 …

 

 

C’est vrai que son allure souple et déliée et son adresse proprement diabolique sur le vélo en imposent à ses pairs (au chapitre de l’adresse, Cyrille GUIMARD, son directeur sportif dans sa première équipe professionnelle l’a comparé en la matière aux frères DE VLAEMINCK, une sacrée référence)

 

Et, dans les sprints, son intrépidité, la sûreté de ses trajectoires (sûrement dues à sa pratique assidue du motocyclisme), et ses prises de risque finalement toujours maîtrisées suscitent souvent l’admiration. Trop « classieux », « Fred » MONCASSIN … En plus de çà, même pas prétentieux, toujours naturellement souriant et affable avec le public. Autant de raisons pour se méfier sourdement de ce coureur atypique, dont la classe frise l’insolence, et pour défendre plus que l’on ne le ferait avec un autre son « pré carré » …

   

C’est parti, et c’est Richard VIRENQUE, fidèle à ses habitudes, qui emballe la ronde. La première échappée sérieuse prendra corps au septième tour. Frédéric BESSY, Jean Cyril ROBIN, renforcés au 8è tour par la présence de Laurent GENTY ouvrent la route … çà, c’est pour la course côté coureurs … Car, côté entraîneurs, portière contre portière, Bruno ROUSSEL et Roger LEGEAY (le directeur sportif de l’équipe de Frédéric MONCASSIN et Président des Groupes Sportifs Français) se livrent à un gymkhana ponctués de noms d’oiseaux sur fond de « Tu vois, ton circuit pourri ! » … Bruno ROUSSEL a déploré une dizaine de crevaisons dans les deux premières heures et çà explique son excessive nervosité …Décidemment, le choix de l’autodrome ne passe pas …

 

Revenons côté coureurs …

Dans le dixième tout, Erwann MENTHEOUR, le fougueux coureur Breton, sort du peloton pour aller chercher les trois échappés. A quelques mètres derrière lui, Laurent BROCHARD (qui, dans quelque mois, deviendra champion du Monde) tente de prendre sa roue … En vain, car Erwann insiste seul, et au terme d’une chasse de toute beauté, fond avant le onzième tout sur les fuyards. Son bel exploit va s’avérer inutile … S’il avait attendu BROCHARD, en unissant leurs forces, et aidés par le jeu de neutralisation de leurs équipes respectives, l’aventure aurait pris une toute autre tournure que celle qui va suivre. Erwann raconte fort bien cet épisode dans son livre « SECRET DEFONCE », écrit quelques années plus tard, ouvrage hautement recommandable pour qui souhaiterait être édifié sur les usages du cyclisme des années 90 …

 

Au 19è tour, la crevaison (encore la faute au circuit peut être ?) de Jean Cyril ROBIN annonce la fin de l’échappée. Puis le peloton, d’accélérations en accélérations, se fragmente, et il ne reste plus que 31 coureurs en lice pour la victoire. Dans l’avant dernier tour (il y en avait 24 à accomplir, soit 240 km), Pascal HERVE, équipier de Richard VIRENQUE, et le Francilien Christophe AGNOLUTTO trouvent l’ouverture.

 

 

 Il reste deux tours à faire … Au passage de la cloche, ils ont 22’’ d’avance sur le peloton … Un jeune coureur est « collé » à la roue de Frédéric MONCASSIN. Il est l’équipier de Christophe AGNOLUTTO, l’un des deux échappés.

 

 

Il s’appelle Stéphane BARTHE et l’on va reparler de lui bientôt. L’équipe GAN (celle de Frédéric MONCASSIN) organise la chasse derrière.

 



Au pied de la côte LAPIZE, les échappés ont encore 15’’ d’avance. Le coup est encore jouable pour eux, surtout qu’ils arrivent au sommet sans être rejoints…

 

 

Et puis, un peu plus loin, à deux kilomètres de l’arrivée, ils ne voient pas fondre sur eux un bolide blanc : c’est Frédéric MONCASSIN, qui a choisi de jaillir dans le ressaut de COUARD après la côte LAPIZE.

 

 Le retour de Fred MONCASSIN 

En l’apercevant, au bout d’un moment seulement, tant « Fred » a su rester discret dans son sillage, Pascal HERVE a ce cri du cœur : « oh ! Putain .. T’es là, toi … ». Et il ne roule plus … AGNOLUTTO roule désormais sans conviction et le rythme baisse ostensiblement, Frédéric MONCASSIN, désespéré, appuyant sans conviction quelques relais …

 "Fred" discret dans les roues

 

 Oh! putain .. t'es là toi ! ...

 

AGNOLUTTO pourtant insiste encore

 

 Dès lors, il est clair que le peloton va revenir : le formidable « coup » de « Fred » a échoué … Il surveille le retour du peloton pour tenter de se relancer dans le sprint massif inévitable désormais.

 

Sitôt le trio repris,c’est Laurent BROCHARD qui tente illico une sortie désespérée. Mais rien à faire : la 22ème édition du Championnat organisée sur l’autodrome va se gagner au sprint !

 

 


 

 Et c’est le jeune et puissant Stéphane BARTHE, l’une des révélations du début de saison, qui va, dans un déboulé tendu, tenir à distance les autres deux sprinters que sont Damien NAZON et l’ Elite 2 Frank MORELLE. Du côté des officiels, on doit être soulagé : si Frank MORELLE avait remporté le titre, qu’est ce qu’ils n’auraient pas entendu !

 

Sa joie fait plaisir à voir ! Il fait sauter à plusieurs reprises la roue arrière de son vélo sitôt la ligne franchie, reçoit, toujours en roulant, les félicitations du battu du jour, « Fred » MONCASSIN. Il endosse peu après le maillot tricolore et déclare tout de go : « çà me fait ch… pour « Fred » … Et c’est vrai, en plus. Si c’est lui qui avait été vainqueur, çà ne m’aurait pas gêné. C’était un bon copain et çà restera un bon copain » …

 

 

 

Cette édition 1997, et tant pis pour ses détracteurs, aura été une très belle édition, passionnante, et le cadre idéal de l’autodrome, ne leur en déplaise, aura permis le déroulement d’une course débridée et dramatique en son dénouement. LINAS – MONTHLERY a été le siège d’un grand championnat de FRANCE

 

Elle ne portera pas chance à Stéphane BARTHE, champion de France pour sa première saison chez les professionnels, mais qui ne retrouvera plus jamais au cours de sa trop brève carrière un tel jour d’embellie …. Il quittera sans bruit le peloton des professionnels à l’aube de la saison 2005.

 

Quant au héros malheureux de la journée, Frédéric MONCASSIN, au-delà de sa terrible déception, ce championnat marquera de toute façon un tournant décisif dans sa carrière.

 



Toute la tristesse de Fred MONCASSIN … 


Et pour ce qui concerne le cyclisme en général, nul ne peut en ce dimanche prévoir qu’il vivrait là sa dernière saison d’euphorie insouciante. 1998 et « l’affaire FESTINA » vont le faire basculer pour longtemps dans l’ère du doute et de la suspicion …

 

 

En guise d’épilogue, notons que le cyclisme n’en aura pas fini avec les circuits automobiles pour autant, malgré les polémiques qui ont entouré cette édition 1997…. En 1998 et 1999, le championnat de France des routiers professionnels sera organisé sur le circuit de CHARADE, près de CLERMONT-FERRAND.


Auteur : Patrick POLICE

Q
ui sait si le cyclisme qui s’est une fois de plus trouvé ce jour de juin 1997 au rendez-vous de son histoire à LINAS MONTLHERY, ne retrouvera pas un jour le chemin de l’autodrome 
?

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Published by Patrick Police - dans Velo
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commentaires

Tiphaine 14/10/2008 08:24

Aaaaah Frédéric !!!!!!!!!!!!