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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 21:28
Article d'époque paru dans le journal Match l'Intran
 
UNE COURSE A FORMULE LIBRE SUR L'AUTODROME
 
Le Grand Prix de l'Automobile-Club de France, disputé dimanche sur le circuit routier de Montlhéry, d'un périmètre de 12 Km 500, a permis à Bugatti de prendre ses revanches des défaites subies à Monza et au Mans par suite de défaillances des pneumatiques. Cette fois, les quatre maisons officiellement engagées : Bugatti, Alfa Roméo, Maserati, Mercédès, avaient adopté les mêmes pneus, de sorte que tout élément perturbateur disparaissait. Le résultatest régulier, la voiture Bugatti ayant témoigné de la meilleure vitesse ; enfin, le constructeur de Molsheim avait réalisé un perfectionnement important : il avait fait en sorte que les garnitures de freins puissent être changées en deux minutes à peine ; aussi les hommes, en toute confiance, ont pu pousser quand il l'a fallu et autant qu'il l'a fallu. La partie fut d'ailleurs rapidement jouée, et le spectacle, durant les dernières six heures, n'offrit guère d'intérêt. En fait, la Bugatti n'eut pas besoin de pousser à fond pendant la seconde moitié de l’épreuve.
 
image015-copie-1.jpgLa formule des dix heures est assurément moins émotionnante que la formule à la consommation ; on aurait tort, toutefois, de considérer la partie comme acquise pour le Grand Prix de Belgique, qui constituera la belle de ce championnat du monde 1931, dont Alfa Roméo et Bugatti ont gagné chacun une manche. D'une part, les freins joueront là-bas un rôle moins essentiel qu'à Montlhéry, et, d'autre part, on présume qu'Alfa Roméo remédiera à ce qui lui manqua dimanche dernier. Enfin, Maserati, qui avait amené dimanche dernier des voitures assurément rapides, est loin d'être hors course. Quant à la Mercédès, cette belle voiture n'est pas à son aise sur un circuit tout en virages qui ne lui permet pas de s'étendre à son aise : on comprend d'ailleurs qu'elle est loin de posséder la même maniabilité que ses rivales.
 
Hormis cette réalisation élégante, par Bugatti, d'un progrès pratique concernant le freinage, le Grand Prix de l'A.C.F. ne nous a apporté aucun enseignement. II en est toujours ainsi quand on court sous le régime de la liberté absolue. Pas plus en mécanique qu'en tout autre domaine, l'anarchie n'est génératrice de progrès. On trouve bonne la formule des dix heures, on n'approuve pas l'absence de tout critère de qualification pour les voitures. L'épreuve s'est déroulée devant un public nombreux qui ne demandait qu'à manifester son enthousiasme. Que la victoire de Bugatti ait été si aisée, cela ne fait qu'ajouter au mérite du constructeur de Molsheim ; mais cette aisance a tué toute incertitude et toute fièvre.
 
Le cadre n'a pas paru digne du Grand Prix de l'Automobile Club de France on aurait souhaité, qu'au moins l'autodrome fît toilette pour recevoir tant de visiteurs. L'aspect, des loges et des tribunes était pénible ; enfin, certains services accessoires étaient sordides. Ce sont là choses auxquelles on se doit de penser, parce que tous les spectateurs le constatent et en souffrent.
 
Ch. Faroux
 
image017.jpgNotre éminent collaborateur Ch. Faroux a remarqué, fort justement, que l'autodrome de Linas-Montlhéry ne s'était pas mis en grand frais pour recevoir l'élégant et populaire public attiré par le Grand Prix de l'A.C.F., Il convient, à ce sujet, à noter, pour l'avenir de notre industrie automobile, à quel point les grandes épreuves sportives de l'auto gardent la faveur de la foule,faveur qui ne demande qu'à se manifester etn'en a pas toujours l'occasion. Il faut que la leçon du Grand Prix 1931 porte ses fruits. Quoi qu'on puisse penser de la formule libre, il sied de mettre sur pied, avec l'élite de nos coureurs et le concours de nos grandes marques, de ces vastes et belles épreuves qui servent la cause du sport et aident en même temps à la vulgarisation de l'automobile. Il est tout de même anormal que la France, l'un des plus grands pays automobiles du monde, ait tendance à se désintéresser de la course qui marque la vitalité et l'avenir d'un sport-industrie qui répond aux préoccupations de chacun ! Enfin on aimerait aussi que le « pesage » se distingue de la « pelouse », non point seulement par la différence du prix perçu, mais aussi pour ne pas décourager les gens qui aiment voir autant qu'être vus et dont l'utilité sociale est incontestable ...
 
René Lehmann
 
Le Grand Prix de l'Automobile-Club de France à Montlhéry. Une des plus belles et des plus émouvantes épreuves, courue dans un cadre paradoxalement champêtre, à quelques kilomètres de Paris. De la fumée, du bruit, des moteurs ... mais aussi des hommes. Et c'est cela qui peutfaire d'une course un chef-d'oeuvre, ou, si l'art en est absent, un drame.
 
Des avions étaient descendus, sur le plateau de Saint-Eutrope, à l'étage où nichent Ies oiseaux les moins huppés. Et les pierrots,chassés de leurs nids par une foule trop nombreuse, répandue et perdue dans les taillis, battaient, affolés, les records d'altitude des petits « zinc " curieux.
 
Ce fut dès le départ, une course en tous points émouvante. On avait, pendant quelques minutes, vu des hommes, anges blancs, génies bleus,diables rouges, serrés dans leur combinaison et comme, utilisés dans leurs plis. Ils avaient de beaux cheveux gommés, des yeux rieurs, Un foulard autour du coup fétiche - un mouchoir qui devait en suite se dérouler comme un étendard - la calme assurance de gens qui vont à une partie de plaisir - ou de déplaisir - mais joyeusement.
 
Et soudain, autour des voitures placées sur la piste aux endroits désignés, ce fut le désert. Les premiers conducteurs avaient bondi dans leurs voitures ; les moteurs hurlaient une chanson lancinante, cris de bêtes féroces sentant le gibier proche ou rages d'espoirs trop longtemps contenus.
 
De ce moment, le ciel ne fut plus qu'une immense voûte de résonance. Tout vibrait, tout chantait, les branches des arbres agitées par la brise et les fermes métalliques de la grande tribune. Et l'on eût dit qu'un archet se promenait sur vos propres nerfs exacerbés.
 
Car, dès le départ, du moment même où toutes les voitures qui, sous des couleurs diverses, paraissaient sœurs, s'engouffrèrent, d'un seul bondissement, dans la ligne droite du départ, le drame commença. Ce fut d'ailleurs, tout de suite,un duel entre Chiron, au bonnet bleu, et Faggioli, Dans leur ardeurs à se surpasser ilsscindaient tout de suite le peloton acharné àune poursuite impossible. Longtemps, ils furent deux seuls, luttant roue à roue, avec des fortunes diverses. Ils se dépassèrent mutuellement. Ils nous passionnèrent par l'incertitude qu'ils c'étaient. Etles records, auxquels ils ne songeaient peut-être même pas, les vieux records s'écroulaient.
 
image022.jpgIl fallut, pour les profanes, voir la fin de la course l'éblouissement de certains, la sereine certitude des autres, pour comprendre que, dès le début de l'épreuve, une tactique avait été commandée ou ordonnée, la recherche de l'écœurement de l'adversaire. Chiron se tira à merveille de l'expérience ou de l'aventure. L'un après l'autre, ses concurrents s'inclinèrent devant tant de chance, de valeur, ou de virtuosité. Au bout de quelques heures, la partie était gagnée.
 
Voire ! Le moindre et le plus stupide des accidents, un rien qui cloche, une pompe d'huile qui se détériore, et voilà anéantis tous les espoirs, vains tous les efforts. C'est pourquoi, des heures durant, on s'abordait en se disant: « Les carottes sont cuites ! » et l'on cherchait tout de suite un bout de bois à serrer pour contre-balancer cette outrecuidance.
 
Et la, vraiment, j'admirais ces hommes, surtout ceux qui n'avaient plus aucune chance, qui ne couraient pour nulle maison, qui étaient peut-être partis sur un caprice et continuaient par amour-propre, par respect d'eux-mêmes !  
 
Il y a, dans une telle épreuve, une question indéniable de résistance physique, de solidité, de stabilité, d'équilibre moral, il y a aussi l'exaltation de la volonté et du courage. Des frissons nous passaient dans le dos alors que les conducteurs gardaient leur flegme, Il faut un bel entraînement au sourire pour ne jamais avoir peur !
 
Cela, les cent mille personnes ou plus qui étaient répandues parmi les fourrés, les taillis, ou sous les futaies de notre admirable autodrome, le sentaient intensément. Ils suffisaient qu'une voiture stoppât devant son stand de ravitaillement pour qu'aussitôt crépitent les bravos et les applaudissements à l'adresse de cet homme paraissant si frêle aux côtés d'une machine àl'allure de joujou mais contenant en elle toutes les colères et toutes les fureurs.
 
image024.jpgLegoût du risque est une chose bien â nous, que nous cultivons, qui nous plait nous séduit. Chaque fois qu'une voiture disparaissait pour quelques minutes, l'angoisse nous étrillait. Et c'était ensuite le large, puissant soupir de soulagement.
 
Quand Chiron, impatient, trépignait sur la piste, un bouquet déjà dans les bras, attendant Varzi qui, vainqueur, musardait, s·amplifiant de bosquet en bosquet, de virage en virage, une acclamation monta, où se confortaient la joie de voir les nôtres triomphé, l'ivresse de la justice, la justice rendue au meilleur ...
 
Quelques instants après, refaisant en sens inverse le trajet des bolides, nous énumérions, sur la piste, les victimes, les pauvres machines qui n'avaient pas pu aller plus loin. C'est peut-être triste. Ce ne l'était point. Elles étaient mortes à la peine. C'est très beau de finir ainsi !
 
Jean de Lascoumettes
 

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Published by P. Pannetier - dans courses
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